Où se trouve Sainte Anne?

La commune  est située dans la partie méridionale de la Grande-Terre, aujourd’hui destination de vacances réputée pour ces activités touristiques et ses plages de sable blanc, elle est environnée par les territoires de la commune de Saint-François à l’est, de Moule au nord, du Gosier à l’est. Les limites de cette commune, dont la superficie est évaluée à 8000 hectares, dessinent grossièrement un quadrilatère.
La commune n’a d’ailleurs pas de limites naturelles. A l’est, la topographie se raccorde sans transition à la topographie de Saint-François ou de Moule: ce ne sont que des plateaux à peine accidentés de quelques vallées sèches relativement évasées; à l’ouest, au-delà du hameau de Douville, commence une région plus accidentée. Le plateau calcaire a été disséqué par l’érosion: de belles vallées normalement sèches, des dépressions fermées, ou dolines, séparent des crêtes généralement empruntées par les voies de communication, le long desquelles s’aligne l’habitat: c’est la région des Grands-Fonds que Sainte-Anne partage avec plusieurs autres communes des îles de la Guadeloupe.
Le rivage est constitué par une série d’anses, séparées par des pointes ou des falaises, surtout à l’ouest. La principale de ces anses est l’anse Sainte- Anne, en partie fermée, protégée par des cayes et bordée de sable blanc. Au-delà de l’anse Sainte-Anne, vers l’est, on rencontre la plage de Bois-Jolan et l’anse à la Barque, débouché d’un marigot qui sépare Sainte-Anne de Saint-François.

Le climat de Sainte-Anne est généralement sec et ventilé. Toutefois, en période de fortes pluies, les eaux en provenance des Grands-Fonds, débouchant dans la région du bourg de Sainte-Anne, peuvent provoquer de fortes inondations.
Une paroisse de Sainte-Anne, dévolue aux capucins, existe dès la fin du XVIIe siècle. D’après Ballet, en 1691, elle est «la plus riche et la plus peuplée de cette partie de la Guadeloupe ». Une carte de 1732 indique que le territoire du quartier est réparti entre plusieurs habitations, les plus étendues (des sucreries) semblant se situer plutôt dans la partie nord-est du quartier.

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Petite histoire de Sainte-Anne

Le bourg de Sainte-Anne paraît, à la fin de la première moitié du XVIIIe siècle, avoir vocation de devenir capitale de la Grande-Terre. C’est le siège de la sénéchaussée de la Grande-Terre et d’une amirauté, instituée en 1742. « Le bourg, écrit Ballet, concentrait toutes les opérations commerciales avec la Martinique «, qui était alors considérée comme la principale colonie française des Petites Antilles.
Pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763), la Guadeloupe est attaquée par les Anglais qui incendient notamment le bourg de Sainte-Anne. Après la guerre, Sainte-Anne pert la sénéchaussée au profit de la nouvelle agglomération de Pointe-à-Pitre en 1767. Sans doute jugeait-on «la Pointe-à-Pitre» plus défendable.

L’importance économique du quartier ne s’en trouve pas pour autant diminuée. A la fin du XVIIIe siècle, Sainte-Anne est à la fois une zone de culture de la canne à sucre dans sa partie orientale, jusqu’à la côte, de culture du café et de vivres dans les Grands-Fonds, mais en bordure de la zone sucrière, et même de culture de coton, le long de la côte.

En 1790, la population du quartier s’élève à 8494 personnes. Sainte-Anne est le quartier le plus peuplé de la Guadeloupe , non compris Saint- Martin et Saint-Barthélemy, soit 7.7% de la population de la colonie. Les esclaves, bien entendu, au nombre de 7619, prédominent. C’est également la plus forte population servile de la colonie. Les Blancs sont relativement nombreux: 739, soit 5.2% de la population blanche totale, les esclaves représentent, quant à eux, 8.2% de la population servile totale de la colonie. Les libres de couleur sont beaucoup moins nombreux que les Blancs : 136, soit 4.2% du nombre total des libres de l’île.
Ainsi,dans la composition « ethno-juridique» de sa population, le quartier de Sainte-Anne présente un profil particulièrement esclavagiste, ce qui ne sera pas sans conséquences sur l’histoire de ce quartier dans les années qui suivent.

Sainte-Anne à l’époque de la révolution

L’histoire du quartier de Sainte-Anne, pendant la période révolutionnaire et jusqu’au début du Consulat, est marquée par divers épisodes violents.
Aux dires de Lacour il aurait existé à Sainte-Anne un complot qui devait éclater dans la nuit du 15 au 16 mai 1791, complot dont le chef était un mulâtre, Jean- Louis, « esclave du sieur Coquille Valoncourt». Sur ce complot, peut-être le premier complot d’esclaves de cette période, Lacour donne force détails. Une propagande menée par des «agitateurs» aurait «fait croire aux Noirs que l’Assemblée nationale avait décrété l’abolition de l’esclavage».

Le bourg de Sainte-Anne devait être incendié et les Blancs massacrés. Les insurgés devaient se donner rendez-vous sous un «poirier de l’habitation de la dame de Gissac». Mais, le complot est dénoncé par un autre esclave, Raymond. Sur l’ordre du maire, Wachter Delaire, Jean-Louis et ses principaux complices sont arrêtés. On arrêta aussi, près du poirier, «quelques misérables nègres qui venaient au rendez-vous, armés de piques en bois». La répression fut  impitoyable : «Un grand nombre de ces hommes égarés, écrit bien sobrement Lacour, furent envoyés au supplice. »

En août 1793, le quartier, devenu commune de Sainte-Anne, est le théâtre d’événements qui semblent avoir associé dans la contestation libres de couleur et esclaves. Le récit circonstancié de Lacour fait ressortir deux étapes de cette contestation.
Dans un premier temps, au début d’août 1793, les citoyens de Sainte-Anne — sont citoyens les hommes libres, blancs et de couleur —, réunis sous la présidence d’un certain Ancelot, «naguère fougueux démocrate », prennent position contre la politique trop radicale des «Jacobins des Antilles».
Les planteurs de cette importante commune sucrière devaient se sentir particulièrement menacés par ce radicalisme : « Tous les citoyens de cette paroisse se sont tous unis par une confédération générale et unanime (… ), ils donnent des preuves de leur zèle pour la chose publique, en faisant exactement leur service et en contribuant généreusement aux impôts. » Aussi, ce serait manquer à la loyauté, « qualité la plus essentielle du vrai républicain », que « d’arrêter  aujourd’hui un des fédérés sans être dans le cas prévu par la Commission ».

Ainsi, au nom du républicanisme, est réclamée une politique plus modérée. Fort habilement, du moins le pensaient-ils, les citoyens de Sainte-Anne chargent un libre de couleur, Auguste, de porter ce vœu au gouverneur Collot et à la Commission générale et extraordinaire qui siège à Basse-Terre. Auguste « exerçait sur les Nègres et les autres hommes de couleur de la paroisse une influence presque sans limite».

A Basse-Terre cependant, Auguste est rallié à la politique des Montagnards qui lui auraient fait croire que le gouverneur refusait de promulguer dans la colonie « une loi de la Métropole donnant le droit d’héritage aux bâtards dans le cas de décès de leur père sans enfants légitimes». (Lacour.) Une telle disposition aurait, en effet, avantagé les libres de couleur, souvent issus d’unions illégitimes.

Le deuxième temps de ces événements est constitué par l’insurrection des esclaves. Lacour donne comme date la nuit du 28 au 29 août 1793 ; au cours de cette nuit se serait formé « un rassemblement de mille à douze cents Noirs».

Mais, le procès-verbal de la municipalité fait état du soulèvement d’esclaves survenu sur son territoire le 26 août 1793 . D’après ce procès-verbal, l’insurrection se serait produit à dix heures du matin : «Les esclaves insurgés étaient  alors en haut du bourg en très grand nombre, menaçant d’attaquer et n’épargner personne.
Ainsi, certains libres de couleur paraissent avoir lié leur sort à celui des esclaves, encore qu’ils envisagent pour ceux-ci plus une liberté partielle qu’une liberté générale, si du moins l’on s’en tient au texte du procès-verbal.

Les insurgés, bien qu’ils aient pillé un grand nombre d’habitations, ne se sont pas, cependant, assurés de la maîtrise totale des campagnes: les milices des campagnes pourront parvenir au bourg; d’autres détachements de milice, ou plutôt — dans la terminologie de l’époque — de gardes nationales, arrivant des Abymes, de Saint-François, du «Gosier» , du «Moule» , de Pointe-à-Pitre, attaquent les «camps» qu’auraient formé çà et là des groupes d’esclaves et, parfois, de libres.

Lacour attribue un rôle essentiel, pour la répression, au gouverneur Collot lui-même : «Il se serait rendu sur les lieux (à Sainte-Anne), en se faisant accompagner d’une partie de la force armée de la Pointe-à-Pitre et des paroisses adjacentes. Avec une partie de ces troupes, il prend une position centrale et ordonne à toutes les paroisses voisines de marcher sur lui le 30 au matin, afin de lui jeter tous les fuyards. Ce mouvement, exécuté avec ensemble et précision, fut couronné d’un plein succès. » Au cours des combats, Auguste et André Mann sont tués. Sur 79 esclaves jugés, 29 furent fusillés, 10 condamnés aux galères, 5 fouettés et 35 acquités.

En juin 1794, débarquent les envoyés de la Convention, Victor Hugues et Chrétien, porteur du décret du 16 pluviôse an II (4 février 1794) qui abolit l’esclavage. Sainte-Anne change de nom et devient la commune de Fraternité. Les archives communales, parmi les rares à avoir été conservées, permettent de retrouver, çà et là, des manifestations d’une vie municipale, étroitement contrôlée, il est vrai, par le délégué de l’administration centrale, en l’occurrence, Victor Hugues.

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Anne Pérotin-Dumont indique, dans ses travaux sur le fait colonial et le fait révolutionnaire en Guadeloupe, qu’en décembre 1794, le bureau municipal de Fraternité, « devant l’importance des charges d’une commune aussi considérable, décide de se scinder en trois bureaux: un bureau municipal proprement dit, chargé des relations avec les pouvoirs constitués; un bureau de plaintes et de police qui juge des plaintes légères; un bureau du comité de distribution qui s’occupe de la distribution ou de la réquisition des denrées alimentaires ».

A Fraternité s’est appliquée la politique de séquestre. Une récapitulation générale des propriétés nationales du département de la Guadeloupe, le 26 vendémiaire an IX (18 octobre 1800), indique qu’à cette date, Fraternité compte 177 propriétés nationales sur les 984 qui existent en Guadeloupe. En valeur absolue, c’est la commune qui compte le plus de propriétés nationales.
Vivent sur ces propriétés, en qualité de «cultivateurs», 367 vieillards, 1062 hommes, 1401 femmes et 1287 enfants. Un document antérieur de l’an VIII (septembre 1799-septembre 1800) évalue la population de Fraternité à 516 Blancs (hommes et femmes), à 758 « Rouges» et 7617 Noirs. En établissant la comparaison avec les chiffres fournis par Boyer-Peyreleau pour 1790, il apparaît que le nombre des Blancs a sensiblement diminué. Si la population de Sainte-Anne a augmenté (9093 individus), c’est essentiellement du fait de ceux qualifiés de rouges — id est métis —, qu’on ne saurait identifier entièrement au groupe des libres de 1790, et du fait des Noirs. Fraternité est alors, en dehors de l’ensemble Port de la Liberté-Les Abymes-Le Gosier et Basse-Terre, la commune la plus peuplée de la Guadeloupe.
Les années 1801 et 1802 seront, pour la Guadeloupe, fertiles en événements. En novembre 1801, le capitaine-général Lacrosse, envoyé de Bonaparte, est arrêté et expulsé. Le conseil provisoire de gouvernement, qui s’est substitué à Lacrosse, sollicite l’adhésion des communes. Ainsi les habitants de la commune de Sainte-Anne, réunis le 25 brumaire an X, « en la maison commune », déclarent «déférer à la nomination des membres sus-désignés» du conseil provisoire. Ces «habitants» sont des notables blancs et de couleur — parmi eux un certain Eymeri Labrariche, mulâtre, selon Lacour.
En 1802, l’expédition du général Richepance anéantit à Baimbridge, le 25 mai, et au Matouba, le 28 mai, les éléments de l’armée coloniale qui, commandés par Delgrès, s’opposaient à une politique tendant au rétablissement de l’esclavage. Mais, quelques mois après ces événements, la région de Sainte-Anne est le théâtre d’un important épisode insurrectionnel. En effet, au début d’octobre 1802 (le point de départ de l’insurrection se situerait sur l’habitation de Vipart, dans la nuit du 6 au 7 octobre), les cultivateurs (ne doit-on pas déjà écrire les esclaves?) d’une vingtaine d’habitations se soulèvent. Selon le Mémoire pour le chef de brigade Magloire Pélage). «une trentaine de familles, les plus distinguées du canton de Sainte-Anne, furent égorgées par les Nègres». Lacour mentionne « vingt-huit de ces infortunés (qui) tombèrent sous les coups des assassins ». Les insurgés tentèrent, comme en 1793, à deux reprises, de s’emparer du bourg. Il furent repoussés par la population.
Le Mémoire pour le chef de brigade Magloire Pélage considère que ces événements furent le fruit de la politique répressive de Lacrosse qui poussa les noirs au désespoir, Lacour paraît reprendre la thèse de Lacrosse — redevenu capitaine-général après la mort, en septembre 1802, de Richepance — d’un complot dont les instigateurs seraient trois Blancs : Millet de la Girardière, originaire de la Martinique, «ancien chevalier de Saint-Louis » ; Barsse, «ci-devant commissaire du gouvernement du canton de Sainte-Anne », et un certain Jean Barbet, natif de Gascogne, et qui avait «dans le peuple» de « nombreux amis et une grande influence ». Lacour mentionne aussi dans ce qu’on pourrait appeler l’état-major de la révolte «les mulâtres Yves, Louis Bureau, Jean Gautier, René Gayan et Louison Bourk; les noirs Hippolyte, Edouard et Jean, celui-ci domestique de Barsse».

On a l’impression que s’est reformée à Sainte-Anne, ou plutôt dans les campagnes de Sainte-Anne, la coalition de tous ceux que mécontentait la politique de réaction, au sens propre du terme, de Lacrosse: Blancs patriotes, bénéficiaires parfois du séquestre des habitations (Barsse était fermier de l’habitation Gassien) ; hommes de couleur qu’on avait fait descendre, écrit en substance Lacour, «des positions élevées qu’ils occupaient (…) pour les proscrire en masse» ; et, enfin, Noirs, anciens esclaves, et en voie de le redevenir, dont les rapports avec les maîtres étaient peut-être plus rigoureux.
La répression est, comme à l’accoutumée, sans ménagement. Un tribunal spécial est créé à Sainte-Anne, par un arrêté de Lacrosse, en date du 20 octobre. Il est principalement composé de militaires, son président est le chef de bataillon Arnauld, mais il comprend un notaire, Vauchelet, et un «habitant propriétaire », Gagneron. Lacrosse, par une lettre du 29 octobre 1802, adressée à Arnould, recommande la plus extrême sévérité et même l’application de supplices d’Ancien Régime : « Vous penserez donc comme moi, écrit-il, que le supplice de la potence n’expiant pas assez le crime de ceux des assassins que la loi condamne à la peine de mort, ils doivent être rompus vifs et expirer sur la roue(… ), les geôles de la Pointe-à-Pitre et du Moule sont déjà encombrées: il faut les déblayer le plus tôt possible. »

La commune sucrière de Sainte-Anne  (1870-1940)

La vocation sucrière de Sainte-Anne se confirme, à la fin du XIXe siècle, par la présence d’un fort pourcentage d’immigrants, main-d’œuvre des habitations sucreries. Ainsi, en 1879, pour 8800 habitants (22), on relève 1249 immigrants, soit 14%  (moyenne de la Guadeloupe: 11.4%). Les chiffres qui sont donnés, pour la fin du siècle, de la répartition des terres — ce qu’on appelle «l’emploi du territoire» —, de la répartition des exploitations ou habitations, de la répartition des travailleurs, sont significatifs de la prédominance d’une économie sucrière.

Ainsi, au 31 décembre 1885, la superficie occupée par la canne est évaluée à 3500 hectares soit 45.3% de la superficie de la commune évaluée à 7 725 hectares, et 89% de la superficie cultivée totale. Par sa superficie cannière, Sainte-Anne vient en tête des communes de la Guadeloupe, y compris les «dépendances». Les 3500 hectares représentent 16.6% de cette superficie totale plantée en canne, si on ne tient compte que des seules Guadeloupe et Grande-Terre. Les«vivres» n’occupent que 300 hectares, le manioc 120, le café et le tabac sont négligeables (respectivement 2 ha), le coton inexistant.

Si on compte encore au total 34 sucreries sur le territoire de la commune, 31 de ces sucreries sont des «plantations sans usine», c’est-à-dire que ces sucreries ont abandonné la fabrication du sucre et livrent leurs cannes aux 3 usines à vapeur qui fonctionnent sur le territoire communal.

De ce point de vue, Sainte-Anne ne présente pas d’originalité par rapport aux autres communes de la Grande-Terre. Les exploitations vivrières sont au nombre de 250, ce qui représenterait une superficie moyenne plantée en vivres de 1,2 ha, alors que la superficie moyenne plantée en canne des 34 sucre¬ries serait de 102,2 ha (23).
Ainsi s’opposent de très grandes exploitations cannières et de très petites exploitations vivrières. Sur les 5996 travailleurs employés aux cultures, 3542, soit 59%, se retrouvent sur les exploitations cannières. Compte tenu de l’économie de la commune, il n’est pas étonnant que Sainte-Anne soit affectée par des mouvements sociaux, conséquences de la crise sucrière qui sévit aux Antilles depuis la fin du XIXe siècle; crise sucrière qui a entraîné un appauvrissement des travailleurs.

Photos de Sainte-Anne

Vidéo résidence Sainte Anne Guadeloupe, vue panoramique

Ste Anne Guadeloupe

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Sainte Anne Guadeloupe

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